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En juin dernier, nous sommes allées rencontrer des productrices de lin, au sein de la coopérative Terre de Lin. Nous avons pu rencontrer Christine, 59 ans, agricultrice dans la région du pays de Caux, dans le village du Bourg-Dun. Durant cet entretien, Christine nous a livré sa vision sur le métier d'agricultrice, les défis qu'elle rencontre au quotidien, ainsi que sa vision sur le lin et son avenir.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Christine, j'ai 59 ans, je suis agricultrice depuis 1997. Je me suis associée au départ avec mon mari et maintenant depuis 2020, je suis en GAEC (Groupement Agricole d'Exploitation en Commun) avec mon fils sur une exploitation de 115 hectares, dans la région du pays de Caux, dans le village du Bourg-Dun.

Comment et pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Alors moi, j'étais d'origine agricole. Mes parents avaient une ferme laitière dans la vallée de la Seine. Le lin, je ne connaissais pas du tout. J'ai appris à connaître et même au début, je trouvais ça plutôt curieux, d’attendre la pluie, le soleil, je trouvais ça très compliqué comme culture. Aujourd'hui, je la comprends beaucoup mieux. Pour être un bon liniculteur, je pense qu'il faut être soigneux, patient et vif à la fois. On est très tributaire du temps.

Qu’est-ce qui vous passionne dans votre métier ?

Mon métier au niveau agricole, j'ai toujours aimé ça. Je m'occupe surtout de la partie « animaux » et de la comptabilité. Le lin, c’est surtout au moment des arrachages, décapsulages et de rentrer le lin que je suis souvent très présente. Le semis, c'est plutôt les hommes.

Qu'est-ce que vous aimez dans la culture du lin ?

C'est une plante plutôt sympa. Ce n’est pas comme du blé ou c'est assez, je dirais monotone, mais elle est plutôt pleine de surprises. Des fois des défaites, des victoires, c'est un petit peu le punch !

Est-ce que vous rencontrez des défis au quotidien dans votre métier ?

Bien sûr. Il faut se remettre en cause très régulièrement, parce que la vie évolue très vite. Nos parents ont évolué aussi très vite, ils ont connu pleins des choses, ils sont passés du cheval au tracteur. Nous aujourd'hui, c'est plutôt d'un point de vue environnemental que l’on se remet beaucoup en cause. On y va par petits pas.

Il y a le défi économique aussi, parce qu’on a des marchés très fluctuants. On a connu des années très compliquées avec le COVID, des choses qui nous dépassent. Mais l'environnemental aujourd'hui, c'est le principal, c’est très important.

Est-ce vous rencontrer des défis, cette fois, en tant que femme dans votre métier ?

Oui. C'est vrai qu’il faut essayer de se faire entendre. On a peut-être un peu moins le droit à l'erreur, il faut savoir de quoi on parle. Mais bon, il y a eu une grosse évolution par rapport à nos mères, il n’y a pas photo. Les femmes ont aujourd'hui, parmi les jeunes, des compétences très importantes. Au niveau de la scolarité, c'est une scolarité très complète. Il y a beaucoup de jeunes femmes aujourd'hui qui sont chefs d'exploitation par exemple.

Quels conseils ou motivations, donneriez-vous aux personnes intéressées par ce métier ?

Aujourd’hui si on veut devenir agriculteur, il faut des capitaux très importants et des fois, il y a un retour sur capital qui est très long. On n’est pas des start-ups, donc ça fait peur et ça se comprend. De nos jours, il y a tellement une pression importante sur les terres agricoles que les prix montent et c'est très difficile pour des jeunes qui n'ont pas de famille ou qui n'ont pas un patrimoine familial, de pouvoir se lancer.

Par contre, au niveau de l’emploi, il y a des possibilités dans l'agriculture. Des emplois intéressants à travers nos coopératives, les exploitations, etc. Il y a une très grosse demande.

Je dirais aussi, avoir une bonne scolarité. Arrivé aux études supérieures, privilégier un parcours en alternance. La pratique permet de comprendre le métier et de mieux se projeter.

Les 3 qualités à avoir selon vous, pour exercer ce métier ?

Du courage. Avoir la tête sur les épaules. Savoir gérer et anticiper.

Et puis celui qui fait son travail sans passion moi, je n’y crois pas.

Pensez-vous qu’il est important de présenter les métiers du lin au grand public ?

Oui, tout à fait. Alors nous, on fait ça depuis une trentaine d'années. On a instauré le Festival du Lin dans la vallée. On avait commencé il y a 30 ans à la commune du Bourdin, moi j'étais du premier wagon. On avait commencé qu’avec notre commune, après on a été 3 et maintenant nous sommes 10.

Le festival a pris une ampleur très importante, il est connu maintenant.

Peut-on dire qu’il y a de plus en plus d’intérêt pour cette matière ?

Ah oui, tout à fait. Dans les boutiques de vêtements, on voit de plus en plus de lin. D'abord, c'est très agréable à porter et ça supporte bien la chaleur. Les Espagnols, ils ne portent quasiment que ça. Et puis chez nous, on en voit de plus en plus.

Nous à l'époque on n’aimait pas trop le lin, parce que nos mères nous avaient dit que ça chiffonnait. Aujourd'hui, avec les jeunes, c'est fini. Même moi maintenant j'en porte et ça ne me contrarie plus. Mais nos mamans haïssaient le lin, elles l’aimaient que pour des draps ou de la table, elles n’en portaient jamais.

Il y a eu des années sombres dans le lin dans les années 80 par exemple. À l'époque, on faisait les trousseaux avec du lin pour les jeunes filles à marier. Ça, c’est terminé, ça a disparu dans les années 80, alors quoi faire de cette matière ? Et c'est comme ça qu’à l'époque, notre directeur a pris son bâton de pèlerin et est allé en Chine.

Il n’y avait plus de filature en France, mais aujourd'hui, ça commence à se développer. Il y en a une qui a ouvert dans le bas de l’Eure, une autre dans le nord et d’autres encore. C'est bien qu'il y ait une création de filatures pour qu’on fasse toute la boucle ici. C'est important.

Quel avenir pour la culture du lin selon vous ?

Moi je pense qu’il y a un grand avenir. D'abord, ça se développe de plus en plus. Puis, on en porte de plus en plus aussi comme je l’ai expliqué. Il y a 30 ans, on en faisait que chez nous, qu’en Normandie. Puis maintenant, par exemple, je suis un réseau de bretons, ils sont une trentaine à faire du lin, ils étaient venus nous rencontrer il y a quelques années et ça se développe.

Je pense que oui, il y a un très grand avenir. Il y a une demande donc, on a envie de le faire !

 

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